A l’opposé, une culture de la victoire, assise sur une représentation réaliste de ce qui nous anime et de ce qui nous empêche, consiste à mettre en lumière ce qui, dans chaque secteur de la population, peut redonner de la crédibilité, de la force et de la sécurité à l’action collective victorieuse. Peut-être qu’après une décennie à “sensibiliser”, “former”, “éduquer”, la bataille culturelle la plus nécessaire à mener consiste désormais à choisir, identifier et nommer les leviers d’action pour permettre au plus grand monde d’agir. Concrètement, cela passe par le programme suivant, que beaucoup mettent déjà en oeuvre dans leur quartier, leur entreprise, leur administration, mais qui gagnerait à être porté au niveau national et international, loin de l’inertie des institutions officielles du mouvement social :
1 – Créer des collectifs accueillants, accessibles et où se tissent des liens de confiance entre leurs membres, de façon à faire reculer le sentiment de solitude, le pessimisme anthropologique (“de toute façon les gens sont des cons”) et offrir un sentiment de sécurité et de protection en cas d’actions futures. Prévenir la bureaucratisation, c’est-à-dire l’établissement systématique de hiérarchies dont les membres visent une sécurisante carrière en période de défaite plutôt qu’une victoire qui rebat les cartes et les places.
2 – Identifier l’adversaire, analyser ce qui peut lui faire peur, ce qui permet d’établir vis-à-vis de lui un rapport de force. Sortir des abstractions (“la finance”, “les marchés”, “la dette”…) et savoir qui, localement, nationalement et internationalement, détient le pouvoir sur nos vies. Savoir qui sont ses alliés, et quels sont potentiellement les nôtres, malgré nos différences.
3 – Faire le bilan des stratégies passées, ne pas reproduire indéfiniment celles qui n’ont pas fonctionné pendant 20 ans, s’émanciper des représentations dominantes de ce qu’il convient de faire ou non, de ce qu’est la violence ou pas, et concevoir des modes d’action qui prennent en compte leur éthique, leur popularité et leur efficacité.
« Si les travailleurs font quelque chose que vous ne comprenez pas tout à fait, dit-il, il est raisonnable de supposer que vous n’avez pas compris les circonstances dans lesquelles ils évoluent. Ce qui semble irrationnel à première vue peut s’avérer beaucoup plus logique une fois que vous avez mieux compris leurs contraintes et leurs préférences.”
Ça pète partout et régulièrement, mais on regarde ailleurs