Skip to main content

Notepad

Moins de 6 euros l’heure. C’est le revenu moyen des livreurs des plateformes de livraison (Deliveroo, Uber, Stuart, JustEat...),

Impossible de dégager du temps pour un autre emploi, sachant que huit livreurs sur dix travaillent « au moins six jours par semaine ».

Les répercussions sur la santé physique et mentale de cette précarité, couplée au rythme de travail intensif, sont multiples. La dimension psychique a rarement été documentée, pourtant, la conclusion est accablante : un livreur sur deux présente des « symptômes de dépression modérée à sévère », d’après l’étude. Le taux est quasiment le même (45 %) pour ceux déclarant éprouver une « détresse psychologique modérée à grave ».

En outre, la moitié des livreurs interrogés souffrent de troubles du sommeil. Cette souffrance psychique est une évidence : « Les livreurs ne vivent pas : ils se battent au quotidien, considère Paco. On est à fond dans le travail, il n’y a pas de vie à côté. » « Ne pas voir sa famille le soir, ne faire que travailler, cela vous coupe de vos proches, de vos enfants. Cela participe au mal-être psychique », (…)

« La santé mentale et la dépression, au départ c’est beaucoup ça notre problème. Après viennent le mal au dos, les douleurs aux genoux »

Parmi les autres symptômes physiques moins connus, en l’absence d’accès régulier à des toilettes, 32 % des livreurs déclarent des troubles urinaires réguliers.

« Est-ce qu’on doit tout vous dire ? » s’interroge Youssouf Kamara en marquant une pause, avant de lâcher : « On souffre aussi de faiblesse sexuelle. » « C’est tabou, beaucoup ont honte, mais c’est un vrai sujet », insiste Ibrahim Ouattara, co-coordinateur de la Maison des livreurs bordelaise, l’un des enquêteurs de l’étude. Ne pas aller bien mentalement n’aide pas, mais aussi, très concrètement : « 12 heures d’affilée sur une selle, sans vélo homologué, sans siège adapté : les testicules sont écrasés, cela a des conséquences aussi sur le périnée… »

Parmi le millier de livreurs interrogés par l’étude, 98 % sont des personnes immigrées, 68 % n’ont pas de titre de séjour et sont contraints de louer un compte appartenant à une personne tierce. Un livreur sur trois a renoncé  à  des soins  de santé  alors qu’il en avait besoin  au cours de l’année : la majorité pour des « problèmes de papiers », les autres faute d’argent pour pouvoir se les payer.

Quel que soit leur véhicule, 59 % des livreurs interrogés ont déjà connu au moins un accident.

Le coordinateur de la Maison des livreurs mentionne un autre cas emblématique d’un coursier qui, après un accident, a subi « cinq semaines de coma. Ses proches n’avaient pas ses codes d’accès à son compte Deliveroo. Tout était hors délai pour sa déclaration. Il est aujourd’hui handicapé à vie et il n’a rien. » Les livreurs les plus précaires travaillant sous fausse identité sont, eux, exclus d’office. Paco a subi une opération au genou en 2018, après une chute en pleine livraison, à Paris. « Je n’ai pas eu d’indemnité car je travaillais sous l’identité d’un autre », confie-t-il.

Six livreurs sur dix déclarent avoir déjà été exposés à une agression verbale de la part de clients ou de restaurateurs. La même proportion raconte avoir déjà subi des discriminations ; un quart  mentionne une agression physique.

« Il y a aussi les clients et clientes qui proposent une passe, un rapport sexuel, alerte Ibrahim Ouattara, le co-coordinateur de la Maison des livreurs et co-enquêteur pour l’étude. Si le livreur refuse, son compte reçoit un commentaire négatif : automatiquement vous êtes déconnecté. »

« On accompagne régulièrement des livreurs qui se sont pris des points négatifs parce que la clientèle a demandé à être livrée dans son lit… Ou à aller chercher ses clopes, ou à descendre ses poubelles, liste-t-il. Mais chez Uber ou Deliveroo, personne ne montre une once de début d’intérêt sur ces sujets. Seul le business compte. »