ainsi que des contrôles accrus sur les salariés d’entreprises où beaucoup d’arrêts ont lieu.
Note : Ou comment faire semblant d'ignorer que dans ces entreprises, c'est parce que les conditions de travail sont délétères que les arrêts maladie s'enchaînent (et pas parce que les salariés se sont passés la bonne astuce -_- )
L’économiste Nicolas Da Silva montre bien, dans son ouvrage La bataille de la Sécu que deux discours sont tenus par la bourgeoisie depuis la création de l’Assurance maladie : d’abord l’idée que son déficit est insupportable, insurmontable, pharaonique etc. Et de l’autre idée que les abus se multiplient. Ce n’est que parce que nous sommes dotés de médias mainstream complaisant et qui ont la mémoire historique de poissons rouges que ces discours paraissent en permanence urgents et nouveaux, voire que ceux qui les tiennent sont systématiquement présentés comme des “briseurs de tabous”
Comment expliquer le reste de la hausse ? D’abord, l’état général de santé de la population n’est pas bon. La hausse des cancers, notamment chez les moins de 40 ans, est forte partout dans le monde et en particulier en France. “Il faut se préparer à un tsunami”, déclarait le 22 janvier 2025 le professeur Fabrice Barlesi, directeur général de l’Institut Gustave-Roussy. Les cancers digestifs sont en forte hausse, et à mesure que les études se multiplient pour souligner l’exposition de la population au cadmium et à des cocktails de pesticides cancérigène présents dans l’air ou dans notre alimentation, une politique de santé publique préventive se pencherait sur ces causes et prépareraient notre protection sociale à des prises en charge nombreuses et donc coûteuses, y compris en termes d’arrêts de travail de longue durée, qui vont forcément augmenter si cette épidémie de cancer se confirme. Ce n’est pas la direction prise par le gouvernement, qui pense d’abord à culpabiliser et contrôler les malades.
Le même déni existe en ce qui concerne le Covid long, qui touche 75 millions de personnes dans le monde depuis 2020, et dont l’OCDE pointe dans un récent rapport les coûts actuels et futurs, notamment pour la productivité du travail. Les évolutions contemporaines de la santé publique ne sont pas bonnes, notamment parce que les gouvernements pro-capitalistes refusent de s’en prendre aux secteurs qui causent ces dégâts sanitaires comme les industries polluantes et le secteur agroalimentaire.
L’arrêt maladie comme dernière chance face à la violence au travail
Il y a ces salariés qui réussissent à obtenir un ou deux jours d’arrêt de travail de temps en temps pour pouvoir “tenir”. Et il y a celles et ceux qui, un beau matin, ne peuvent contenir une crise de larmes dans les transports ou au moment de monter dans leur voiture. Après une humiliation publique en réunion, après avoir enchaîné les heures supplémentaires, après avoir dû faire deux jobs en un pendant des mois, le corps lâche et l’arrêt devient indispensable. C’est même une question de survie pour avoir des chances de ne pas perdre complètement pied. Et c’est pour cette raison que les médecins prescrivent des arrêts de travail, pas pour du “confort”. Pour de la survie.
A force de ne plus pouvoir leur dire “non”, c’est notre corps qui le dit à notre place. L’arrêt de travail permet, lors de la survenue d’une pathologie psychique, de retrouver un peu de sa contenance. Puisque c’est notre identité même qui est atteinte par la souffrance au travail (l’échec permanent, les sanctions hiérarchiques, le sentiment de non accomplissement sapent notre estime de nous-mêmes), l’arrêt de travail permet de retrouver un sens à sa vie, par ailleurs, par exemple en passant du temps avec ses proches ou en se consacrant à un loisir.
L’arrêt maladie est donc la dernière chose qui permet à de nombreux salariés de ne pas craquer quand plus personne ne veille sur la santé au travail. L’augmentation des arrêts est d’abord un signe de mauvaise santé au travail, et tout représentant du personnel le sait : un taux important d’arrêts dans un service est le signe que quelque chose ne va pas. En faisant des arrêts le signe que les salariés sont de mauvaise volonté, et en plaignant l’employeur pour cela, le gouvernement inverse totalement la responsabilité de la mauvaise santé au travail.
Il n’y a pas d’arrêts maladie “abusifs” : dans un système d’exploitation du travail, l’arrêt est toujours juste, d’autant plus qu’il est prescrit médicalement.
Les jours de carence, dont la compensation existe dans certaines entreprises et pas d’autres, est un système inégalitaire qui décourage le soin médical. Ils doivent être supprimés.
L’indemnité journalière doit correspondre à la totalité du salaire. Le système de compensation prévu dans certaines conventions collectives ou mis en place par certaines entreprises doit être remplacé par une prise en charge totale de l’arrêt maladie par l’assurance maladie.
Toute entreprise dont le nombre d’arrêts maladie dépasse un certain niveau devrait connaître un audit de la part de l’Inspection du travail, en collaboration avec les organisations syndicales et les représentants du personnel.