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Julien Chaillot n’est pas le seul à éprouver ce sentiment, à en juger par la frénésie de formations IA dans les entreprises depuis un an. Paroles de formateurs : on n’a jamais vu une telle demande s’imposer si rapidement. « Actuellement, je suis quasiment à trois formations par semaine. C’est non-stop », témoigne Martin Pavanello, cofondateur de Mister AI, une agence comptant 120 formateurs et réalisant en ce moment plus de 250 formations par mois. Leurs clients sont autant des entreprises de taille modeste (de moins de 5 000 salariés) qui, plus agiles, « s’emparent très vite des outils pour gagner en productivité et en croissance », que des grands groupes « qui ont plus d’inertie, mais avancent méthodiquement sur ce sujet qu’ils pensent important ».

Face à la demande, l’offre explose. Sur LinkedIn ou les plateformes proposant les services d’entrepreneurs freelance, les formateurs IA se comptent par centaines. Grandes écoles et cabinets spécialisés lancent des programmes sur mesure. Dans cette jungle, les directions des entreprises et d’organismes publics doivent trier à la va-vite le bon grain de l’ivraie. Une course contre la montre alimentée par le gouvernement, avec le lancement, en juillet 2025, du programme « Osez l’IA », visant à accélérer la diffusion de l’intelligence artificielle dans les entreprises.

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Pour les entreprises, la formation devient alors le moyen de reprendre le contrôle : on forme pour canaliser les usages et « tuer » le shadow AI, valider l’utilisation d’un outil sécurisé, tout en pariant sur le retour sur investissement. A l’image de RX France, organisateur de salons professionnels, qui a choisi de former l’intégralité de ses 350 salariés sur un mois complet en 2025. Constatant que « près de 40 % » de ses équipes utilisaient déjà l’IA dans leur coin, la directrice générale, Morgane Morice, est « partie du principe qu’il valait mieux anticiper que subir ». Mais pour elle l’objectif n’était pas seulement commercial ou sécuritaire. « Il s’agissait aussi de créer rapidement une culture commune sur l’IA », tant pour en faire un nouveau « catalyseur de dialogue entre les équipes » que pour éviter le décalage entre les collaborateurs maîtrisant l’IA et les autres.

[…] Sur ce sujet, les fractures, notamment générationnelles, sont plus complexes que ce à quoi on pourrait s’attendre. Si les jeunes actifs (18-24 ans) affichent un taux d’adoption record des IA de 85 % (contre 73 % des 25-39 ans et 48 % des 40-59 ans), leur maîtrise de l’outil en entreprise suscite de nombreuses questions. « Ce ne sont souvent pas les plus jeunes les mieux armés », tranche ainsi Rémi Vancayzeele, cofondateur de l’organisme de formation Maijin. Ceux-ci ont, selon lui, « une utilisation massive des IA, mais elle est encore assez sauvage : ils manquent d’expérience pour savoir quoi demander à la machine et comment vérifier sa réponse ». A l’inverse, les quadragénaires experts, une fois les barrières culturelles et techniques levées, disposent du recul nécessaire pour piloter l’outil efficacement.

Un constat partagé par Yann Ferguson, sociologue à l’Inria et auteur, en 2025, d’une étude sur l’IA au travail : « Les plus jeunes utilisent beaucoup l’IA générative non pas pour être assistés, mais pour pallier le manque de confiance en eux. Sauf que moins on connaît son métier, plus on a tendance à confier la décision finale à l’IA »