Et comme disait Lahoucine Duvaast sur Lundi Matin : « bonne année 2026 donc, souhaitée ici à celles et ceux qui gouvernent, réforment, communiquent, évaluent et sécurisent, qu’ils puissent continuer à nommer progrès ce qu’ils détruisent, responsabilité ce qu’ils imposent et modernisation ce dont ils ne subiront qu’à long terme les effets ».
Si le capitalisme produit de l’argent, la technologie, elle, produit des outils pour accélérer la production d’argent, explique simplement le chercheur. Et ces outils sont devenus désormais le plus important vecteur de pouvoir, notamment parce qu’ils servent comme nulle autre à produire de l’argent.
La loi et la techno sont créées par une classe économique qui profite de leur déploiement pour asseoir sa domination sur le monde. « Si la technologie assure du pouvoir, le capitalisme assure lui du profit ». D’ailleurs, rappelle-t-il à propos, les plus grandes transformations du capitalisme sont basées sur la création de nouvelles technologies qui ont augmenté et étendu la puissance du capital. La techno permet de rendre le capitalisme plus dur, plus rapide, plus fort.
L’industrialisation en elle-même n’a apporté aucun progrès social, c’est bien la lutte sociale qui a permis de conquérir les congés payés, le droit à l’éducation, la retraite…
Les discriminations, les biais (un mot bien neutre pour désigner l’oppression systémique encodée dans les données), le racisme ou le sexisme que le numérique amplifie nous invitent à reconnecter ces problèmes au capitalisme technologique. Mais « la critique technologique ne peut pas être seulement l’ambulance qui arrive toujours après l’accident », nous devons mieux comprendre les enjeux du capitalisme technologique pour le démanteler.
Si la destruction des machines est ce que nous avons retenu du mouvement Luddite, cette destruction n’a été que la conséquence de l’impossibilité d’ouvrir la gouvernance démocratique des systèmes, verrouillée par ceux qui avaient le pouvoir et la fortune.
Il y a une absence totale du mot « non » dans les discussions sur l’éthique des données, explique Anna Lauren Hoffmann. On ne cesse de promettre des améliorations, une considération… mais sans que la possibilité de refuser ne soit proposée. Vous ne pouvez que consentir, qu’importe si c’est contre votre gré.
En 2019, un rapport de MMC Ventures cité par le Financial Times avait souligné que sur 2800 startups qui affirmaient utiliser de l’IA dans leurs produits, 60% n’en utilisaient pas.
Mais plus que de faire disparaître le travail, l’enjeu est de le réorganiser pour en comprimer le moindre coût, par exemple en l’externalisant à l’autre bout du monde.
En vérité, pourtant le travail humain est plus central et plus concentré que jamais. Dans un de ses articles, le sociologue Martin Krzywdzinski montre ainsi que Toyota, l’entreprise la plus efficace du monde, enlève des robots de ses chaînes d’assemblages pour améliorer la flexibilité et la réactivité des travailleurs humains : moins de 10% de la chaîne d’assemblage de Toyota est automatisée.
Dans trop de cas, avance Sadowski, comme le proposait également Arvind Narayanan, il semble que l’échantillonnage aléatoire constituerait en réalité une amélioration significative par rapport aux scores de risque, dont il a été prouvé qu’ils sont systématiquement inexacts et socialement biaisés, et qu’ils conduisent à toutes sortes de discriminations injustes. (…) Je préfère être jugé par un tirage au sort plutôt que par des dés pipés. »
« Il est difficile de résister à l’attrait d’une technologie qui offre le vernis d’une autorité objective et l’utilité de réduire des événements complexes à un seul chiffre, voire à une seule couleur. »