« Faire arriver le train à Auschwitz, certes à l’heure, est toujours problématique. »
Le dispositif est simple : plus un prestataire trouve vite les adresses des migrants recherchés, plus il gagne d’argent. « Les consultants de Capgemini sont payés à la tâche pour localiser les personnes et fournir les informations qui permettent ensuite à l’ICE de procéder aux arrestations »,
Sur son site Internet, le groupe français dit défendre « une culture inclusive où chacun peut être lui-même ». Le ton n’est pas tout à fait le même dans les missions détaillées dans l’appel d’offres : « Le prestataire se verra confier un portefeuille d’environ 10 000 aliens [le terme utilisé pour parler des ressortissants étrangers, ndlr], avec des informations indiquant qu’elles résident dans une zone donnée des États-Unis.
Contactés, de nombreux employés de Capgemini Government Solutions LLC disent ne pas se « sentir à l’aise » à l’idée de répondre aux Jours. Parmi les profils que nous avons passés au crible, la plupart sont passés par l’ICE avant, après ou entre deux contrats avec la filiale. Les allers-retours sont fréquents, et tout naturels pour ceux qui ont à cœur l’esprit « Homeland Security » (la « sécurité intérieure »). Capgemini s’est insérée au fil du temps dans ce tissu très privé et très masculin.
Autre problème : au moment du vote du One Big Beautiful Bill Act, l’agence disposait de 200 lits pour accueillir les détenus fraîchement cueillis. Ce chiffre doit passer à 100 000 d’ici à quatre ans. « Sous Obama puis Biden, l’ICE avait des priorités d’arrestation claires : les personnes condamnées pénalement, les menaces à la sécurité nationale et les arrivées récentes à la frontière. Les ressources étant limitées, les agents étaient censés se concentrer sur ces profils. Donald Trump a immédiatement supprimé ces priorités pour favoriser le volume »