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Contre le capitalisme funéraire, sortir la mort du marché. Entretien avec le Collectif pour une Sécurité Sociale de la mort

frustrationmagazine.fr · 37 min


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On aurait pu faire un tout autre choix : considérer la personne endeuillée comme un patient, ou en tout cas comme quelqu’un devant être accompagné, à l’image de ce qui se passe dans le secteur médical ou autour de la naissance. On aurait pu rapprocher le funéraire du soin, faire en sorte que les agents funéraires aient une posture d’accompagnement, voire de « soignant ». Mais on a fait exactement l’inverse : on a tout fait pour distinguer le secteur funéraire du secteur médical, afin de justifier sa lucrativité.

Si l’on se place du point de vue du mort, la mort est le risque le plus évident, le plus certain qui puisse nous arriver. À ce titre, il est parfaitement logique qu’elle soit couverte collectivement, au même titre que la naissance. C’est presque une évidence philosophique : on ne choisit ni de naître ni de mourir, il est donc cohérent que l’entrée et la sortie de la vie soient prises en charge par la société.

On peut aussi se placer du point de vue des endeuillés, qui est tout aussi essentiel. Aujourd’hui, la prise en charge du deuil est très largement individualisée. Certes, on observe un développement de réflexions personnelles ou écologiques autour de la mort, mais concrètement, le soutien reste peu collectif. Les accompagnements psychologiques doivent être payés de sa poche, les arrêts de travail sont à négocier au cas par cas avec un médecin généraliste : tout cela relève d’un impensé social.

Pourtant, il y a une forme d’évidence. Je peux très bien vivre toute ma vie sans me casser la jambe, et je contribue malgré tout à la solidarité nationale pour celles et ceux à qui cela arrive — et c’est parfaitement normal. En revanche, j’ai perdu des proches, j’en perdrai encore, et je mourrai moi-même. C’est le cas de absolument tout le monde. De ce point de vue, la mort est même plus universelle que la maladie : elle est liée à notre condition humaine elle-même. C’est précisément pour cela que sa prise en charge collective devrait aller de soi.