Est-ce que ce rapport va dans le sens d’une interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans ? Absolument pas. L’Anses se prononce fermement pour une application stricte du cadre légal actuel en vigueur, donc du DSA [Digital Service Act, le règlement européen sur les services numériques, qui encadre la régulation des plateformes – ndlr].
Par ailleurs, le rapport demande des politiques publiques qui valorisent les réseaux sociaux qui ne soient pas délétères, et ils existent. Il y a tout un ensemble de propositions sur le Web qui sont respectueuses des données comme de la santé mentale des individus, parce qu’elles ne reposent pas sur des designs prédateurs ou sur la captation de l’attention. C’est aux politiques publiques de faire des choix : soit de dire « Ah, on renonce, c’est trop dur de dire non à Mark Zuckerberg ou à Elon Musk », soit de lutter, de soutenir et de financer le déploiement de ces réseaux libres.
L’interdiction, pour vous, c’est le petit bout de la lorgnette ou c’est à éviter absolument ?
A. C. : Pour moi, c’est un renoncement politique, philosophique, et une démission éducative.
S. E. : Cela revient à dire : « Nous ne pouvons pas réguler les réseaux sociaux, donc régulons les jeunes. » N’oublions pas le contexte des élections à venir en 2027. Vendre l’interdiction, plutôt que d’essayer de réguler, est électoralement plus payant.
Il s’agit de la conclusion de votre ouvrage, « Les Enfants et les écrans » : bannir les usages et les outils numériques ne suffira pas à protéger les enfants.
A. C. : J’entends évidemment la crainte de dangers réels, on a parlé tout à l’heure de santé mentale, c’est un défi majeur. L’autre défi, c’est la régulation sociale et l’éducation pour comprendre les modes de gouvernance, comment fonctionnent les plateformes, savoir quels systèmes sont bons pour moi, pour les autres, ou au contraire représentent un danger ou pratiquent de la désinformation.
S. E. : Le drame me semble être l’absence d’exemplarité de la classe politique, des institutions, et malheureusement aussi – désolée pour votre communauté – des journalistes. Un exemple très concret : aujourd’hui, sur la plateforme X détenue par Elon Musk, on retrouve des communications gouvernementales, des journalistes qui disent « On va rester là parce qu’on veut combattre la désinformation », dans un système qui est notoirement biaisé en termes d’algorithmes.
Si on veut le bien de la jeunesse, il va falloir aussi que nous, les adultes, prenions nos propres responsabilités et qu’on quitte volontairement certaines plateformes. Comment pouvons-nous être crédibles sur le sujet des réseaux sociaux quand le président de la République lui-même communique sur X ?