En 2007, le Dr William Bird, médecin et conseiller en santé pour Natural England, a comparé les déplacements de quatre générations d’enfants de Sheffield (Angleterre), depuis George Thomas, 8 ans en 1926, jusqu’à son arrière-petit-fils Edward Thomas, 8 ans en 2007.
Le résultat est édifiant : le premier parcourait régulièrement 6 miles (9,6 kilomètres) à pied pour se rendre à son lieu de pêche préféré, sans la surveillance d’un adulte ; le second était conduit à l’école en voiture et ne pouvait s’éloigner de plus de 300 yards (274 mètres) de chez lui.
Plus de 9 parents sur 10 ont peur du risque d’accident de la route ; plus des trois quarts perçoivent la marche et le vélo comme plus dangereux qu’à l’époque où eux-mêmes étaient enfants.
[…]
« C’est paradoxal, commente Mathieu Chassignet. Il y a trente ans, il y avait plus de 1 000 piétons tués chaque année sur les routes de France ; aujourd’hui, il y en a moins de 500, soit deux fois moins. Comment cette perception de risque accrue s’est-elle forgée, à rebours de la réalité ? »
Autre inquiétude pour 8 parents sur 10, la mauvaise rencontre. Cette crainte est pour partie genrée : « 40 % des parents qui ont au moins une fille et un fils considèrent qu’il est plus risqué pour elle que pour lui de se déplacer seul dans l’espace public », rapporte Mathieu Chassignet.
[…]
Pourtant, là encore, les chiffres relativisent le risque, notamment en matière d’agression sexuelle : selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, l’agresseur est un membre de la famille dans 81 % des cas, 11 % des cas se déroulent dans un cadre institutionnel et 8 % des agressions sont commises par un inconnu.
En 2024, un rapport du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge alertait sur la hausse des risques cardiovasculaires, métaboliques, respiratoires et mentaux liés à ce manque d’activité : « Les jeunes ont perdu 25 % de capacité physique depuis les années 1970. »