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Numérique : il n’y a pas d’alternative aux services publics !

hubertguillaud.wordpress.com · 8 min

Sur les applications de santé menstruelles en tout cas, elle explique très bien combien celles-ci sont défaillantes parce qu’elles ne sont pas produites comme elles devraient l’être, c’est-à-dire comme un service public respectueux de la diversité de ses utilisatrices, qui ne devrait jamais reposer sur des normes non scientifiques et toujours respecter l’intimité de celles-ci (dans le domaine de la santé, “la confidentialité est toujours critique”, rappelait déjà Susan Landau en décortiquant les limites des applications de suivi de contact lancées durant la pandémie).

En lisant les pages que Jeanne Guien consacre aux applications menstruelles, on peut lire ce qu’il faudrait faire pour créer une application respectueuse des données de ses utilisatrices.

  • Que ce soit une application créée par un établissement de santé public […].
  • Qu’elle ne stocke aucune donnée ailleurs que sur le téléphone.
  • Qu’elle ne demande pas aux utilisatrices de créer un compte.
  • Qu’elle soit gratuite.
  • Qu’elle soit disponible dans un nombre illimité de langues (les applications les plus téléchargées sont disponibles seulement dans une vingtaine de langues et nombre de langues très parlées ne sont pas accessibles).
  • Et enfin que les applications laissent ses usagères libres des raisons qui les font utiliser ces applications et les documenter sans en restreindre la normativité.

Jeanne Guien estime avec raison que ces applis de santé devraient rester profondément anticonsuméristes. Hygiène et santé ne sont pas des problèmes privés et en l’absence d’infrastructures sanitaires dédiées, elles deviennent des problèmes publics. Elle nous invite à repolitiser et resocialiser ces questions. A sortir de l’ambivalence des discours qui prétendent aider les femmes dans la gestion de leur vie intime tout en revendant leurs données, à leur permettre de gérer personnellement leur vie intime tout en démultipliant les injonctions normatives. A faire croire que l’on se préoccupe de la santé des femmes, tout en les empêchant de connaître la composition des serviettes et tampons ou les modalités de revente des données. Guien milite pour une sécurité sociale de la menstruation, gratuite et pleinement respectueuse de l’intimité et de la santé. Elle nous montre que nous n’y sommes pas. En confiant la santé menstruelle au secteur marchand, comme si ce suivi de santé était anecdotique, nous l’avons parfaitement dépolitisé.

Que des applications de santé (et les applications de suivi menstruel le sont) revendent ou partagent les données de celles qui les utilisent est en fait inadmissible. Qu’elles produisent des inférences et des corrélations, qu’elles livrent des interprétations ambivalentes comme normatives est inadmissible également. Jeanne Guien montre que pour que de meilleures applications et objets de santé destinées aux femmes soient accessibles, il faut les prendre avec le sérieux du soin et de la santé et les extraire du monde marchand, seul moyen d’assurer leur nécessaire sécurité.