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pantherepremiere.org · 6 min

C’est une bonne question. On pourrait penser qu’un gouvernement qui a fait à ce point souffrir celles et ceux qui ont le moins de ressources pour lui résister, sans même redresser l’économie, risquait le suicide politique. Mais, au lieu de ça, tout le monde ou presque a accepté la logique élémentaire de l’austérité. Pourquoi ? Pourquoi des politicien·nes promettant des souffrances perpétuelles remportent-ils·elles l’approbation, voire le soutien, des classes ouvrières ?

À mon sens, l’incrédulité relatée plus haut offre un début de réponse. Les gens des classes ouvrières sont peut-être, comme on ne cesse de nous le rappeler, moins pointilleux sur les questions de loi et de propriété que leurs « supérieurs », mais ils sont également beaucoup moins autocentrés. Ils se soucient davantage de leurs ami·es, de leurs familles et de leurs communautés. Bref, en un mot, ils sont fondamentalement plus gentils.

Cela semble refléter, dans une certaine mesure, une loi sociologique universelle. Les féministes ont depuis longtemps souligné que celles et ceux qui se situent en bas de tout système social inégalitaire ont tendance à penser et donc à être attentif·ves à celles et ceux qui sont en haut, davantage que le contraire. Partout, les femmes s’intéressent généralement plus à la vie des hommes que l’inverse, et elles en savent plus sur eux, de même que les personnes noires en savent plus sur les personnes blanches, les employé·es sur leurs employeur·ses et les pauvres sur les riches.

Et puisque les êtres humains sont des créatures douées d’empathie, cette connaissance mène à la compassion. Les riches et les puissant·es peuvent pour leur part rester dans l’ignorance et dans l’indifférence car ils et elles en ont les moyens. De nombreuses études psychologiques l’ont récemment confirmé. Les personnes nées dans des familles de la classe ouvrière obtiennent invariablement de bien meilleurs résultats que les enfants de riches ou des classes moyennes supérieures lors des tests d’appréciation des émotions des autres. En un sens, ce n’est pas surprenant. Après tout, c’est en grande partie cela, être « puissant·es » : ne pas devoir accorder beaucoup d’attention à ce que pensent et ressentent les personnes qui nous entourent. Les puissant·es emploient des gens pour faire ça à leur place.